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31.03.2008

Des cahiers et des stylos

La fumée de ma Marlboro menthe s’élève dans l’air frisquet. Les narcisses relèvent leurs corolles jaunes. Bientôt, les jonquilles seront fanées. La pluie a disparu. Deux corbeaux croassent après une pie dans un des prunus rosis. Les feuilles des campanules frémissent doucement. Le petit pied planté deux ans auparavant a encore troché. J’ai envie de papillons. 

Cœur de lion a bien lu mon mail. Il rit à mes histoires de rencontres, se moque de mes relations avec mes hommes. Des images du bar de ce grand hôtel parisien où le décor du plafond ressemble si bien au ventre d’une piscine argentée me reviennent. « Ma sœur a failli l’épouser. Son premier roman a traîné au moins quinze ans dans un tiroir… » Je le regardais me raconter des bribes de sa vie. Je revoyais ces heures où nous nous étions transformés en visiteurs curieux d’un club échangiste, accompagnés de deux amies. Je repensais à ce slow pendant lequel nos corps se disaient notre attirance réciproque. Mais chut! But eyes wide shut!

Mon cahier se noircit sous la pointe de ce stylo tout neuf. J’ai abonné depuis quelques années maintenant d’écrire en bleu. Noir ou rouge s’usent dans des pleins et des déliés s’apparentant parfois à des pattes de mouches. « Je surveille qu’il n’arrache pas les pattes des faucheux. Ou qu’il ne colle pas d’ailes de mouches au dos des… » Mais moi, je n’ai pas tué un dindon à coup de bâton, Berbère. Et j’écris. Je décris cet homme qui tue ces femmes avec une barbarie telle qu’il n’en existe que chez les sadiques sanguinaires. Je le sais, j’ai vérifié. La fin de l’histoire approche. Sa faim aussi. Celle de ce vieux. Je sais aussi que j’éprouverai un sentiment de pouvoir en posant le point final. Parfois, je me demande qui du personnage ou de l’auteur manipule l’autre comme une marionnette. « Quand je lis tes nouvelles, je me demande souvent ce qui te passe par la tête. Où vas-tu chercher tout cela ? Ce glauque… » Là ou là, chair-cousine. Je pioche dans une image déformée par ma mémoire, un détail emmagasiné dans un recoin sombre et je transforme. Je me transforme aussi pour quelques heures en assassin pervers, en victime apeurée, en paysage printanier. Je deviens tout en gardant la main. Rien à voir avec la schizophrénie, non. Plutôt, une quintessence de personnalités multiples que je m’efforce de rendre crédibles. 

Ce vieux serait un psychopathe, pas un schizophrène. Il n’a pas d’hallucinations, pas de délires, son langage est cohérent, tout comme ses agissements. Il n’a pas beaucoup d’amis, certes, mais n’est pas isolé de la société. Quand il tient une conversation, il ne cherche pas ses mots et son ton n’est pas monocorde. C’est un bel homme à l’apparence distinguée. C’est en cela qu’il est dangereux. Il ne se distingue en rien des autres hommes si ce n’est pas son charisme et sa grande culture.

Une de mes cousines est schizophrène, un de mes petits-cousins est autiste. Je me souviens encore de ma grand-mère remarquant en l’absence de leurs parents que ces bébés ne se comportaient pas de façon normale. Il y a de cela quelques années, alors jeunes adultes, nous avions débattu entre cousin et cousine des tares de notre famille. « C’est simple, nous sommes deux. C’est mon frère qui est barge » riait Faby. « Nous sommes trois. C’est ma sœur, la tarée » lui avais-je répliqué. « Ma sœur est musicienne. Mon frère n’en finit pas de faire des études. 8 ans après le bac, je t’en foutrais ! … C’est moi, le taré ! » Quels imbéciles heureux !

 
J’aime gratter le papier quadrillé avec une pointe neuve. Principalement des stylos Reynolds. Ou Bic. Je pourrais rester des heures à choisir un stylo devant un étal ou à en faire sortir des dizaines à une vendeuse en librairie-papeterie. Les cahiers sont en papier Clairefontaine, sinon rien. Combien de pages n’ai-je pas noircies toutes ces années où j’étais comme suspendue ?

Du cahier, je passe ensuite au clavier. Rarement l’inverse. Pourtant, là, c’est le cas. Le vieux était stocké dans un fichier. Tout du moins, le début de l’histoire. J’ai perdu les notes prises à l’époque. Mais elles sont rangées dans un tiroir de ma mémoire. D’ailleurs, c’est incroyable la netteté avec laquelle ressurgit ce personnage et les paysages dans lesquels il évolue.

 
« Je n'ai pas encore une idée précise de notre contexte prochain mais je sais déjà qu'une heure serait trop peu. » Ne laisse pas passer ta chance, Celte. Ne la laisse pas passer… 

La lumière est dorée par le soleil. Dans l’âtre, une bûche craquelle sous la langue rousse des flammes. Je devrais remettre un nouveau morceau de bois. Je devrais mais j’écris. Ne me dérangez pas, j’écris. Et si je mettais pendre ce panneau sur ma porte d’entrée ?

30.03.2008

De la possession

Un vent fort souffle sur la plaine. Dans la platine chante Gonzalès… Aujourd’hui, la nuit tardera à venir. Je m’étonne toujours des personnes qui, année après année, à cette époque ou à l’automne, débattent sur le changement d’heures. Quelle utopie de croire que l’homme peut influer sur le Temps ! A part est-il un infime grain de poussière dans cet immense infini qu’est le cycle de la Vie.

 
« Je suis touché. A bientôt Claire obscure et jouisseuse. De toute façon, je veux que le son de ton prénom me fasse penser au verbe jouir, jouir bestialement, gueuler comme un loup… » Ici, j’ai souri en lisant ce jeu de mots berbère qui m’a rappelé le nom d’un ancien blog. Sait-elle, cette jeune femme, que j’ai senti ce qui naissait entre elle et son homme bien avant qu’ils ne l’étalent en plein jour ?

Je souriais aussi aux propos que le Berbère tenait alors que son gigot cuisait. Il buvait du Pouilly-Fuissé, l’excuse étant d’en garder un verre pour son plat. J’ai remarqué ceci : s’il me fait autant confiance que je lui fais confiance, l’alcool l’aide à s’ouvrir encore plus, diluant cette petite once de culpabilité qui lui fait me dire parfois : « Je suis un mari modèle ». Fidèle à lui-même, sans aucun doute. Il devient bavard comme une vieille femme.

En vérité, j’étais touchée que mon texte l’ait touché. Car s’il reconnaît qu’en écriture j’ai tous les droits même celui de le faire pâlir, il sait tout comme moi que notre relation me nourrit. Il m’allume. Il est la lampe. Ce sexe sublimé est la passion qui m’aide à transcrire toutes ces histoires. C’est aussi ce qui le rend si créatif dans son monde. Nous sommes tour à tour le génie et la lampe.

 
« La passion selon St Ma Queue... humm sucer devant l'objectif de mon téléphone avec pour ambiance musicale de la musique sainte... » « Je te sucerais bien dans un confessionnal. Je te ferais même pire. » Sur quoi, il avait répondu en blaguant « Ah non ! Pas de crucifix dans l’anus ! » Il n’empêche que l’idée fait son chemin. Surtout si des petites vieilles aux cheveux bleus prient non loin de là. 

« Tu as une croupe diabolique à la blancheur angélique. C'est une provocation inadmissible. » Si je te provoque, Celte, c’est parce que tu me provoques : « Hmmmm... Tu serais délicieuse, là, à genoux sur mon épais tapis rouge... à genoux puis cambrée à 4 pattes... ». Et lui serait irrésistible, là, debout face au grand miroir alors que ma bouche descendrait de sa nuque à ses reins. Je veux cet homme. Oui, je veux cet homme.

Le vent tombe rabattant la fumée blanche de la cheminée de la maison du bas. Mon fils vient de partir en criant qu’il reviendrait à la fin de la semaine pour ses vacances. La plus jeune abandonne l’idée de faire grec à la rentrée. Leurs aînées m’ont demandé de corriger leurs lettres de motivation. Où serais-je à la rentrée prochaine ? Tout à l’heure, mon mari est sorti en criant : « Je vais traîner ! ». Et ta sœur ? Ça, je ne lui ai pas dit. Mais il sait que ses échanges de textos ne sont pas passés inaperçus. C’est étrange cette façon qu’il a de toujours encore vouloir sauver des apparences alors que tous les habitants de la maison savent exactement ce qu’il en est. Y aurait-il des micros ou des caméras planqués quelque part ? Serions-nous surveillés par un quelconque organisme ? Foutaises !

Un agneau gambade dans l’herbe grâce, tout près de sa mère. Cela me rappelle que j’ai une bergère à tuer. Ou plutôt que je dois mettre la scène à l’écrit. Il ne manquerait plus qu’on croit que j’assassine des gens ! « Tu étais en colère quand tu as écrit tout cela ? » Non, mon fils. La colère est mauvaise conseillère et plonger dans la tête d’un serial killer demande extrêmement de vigilance et de doigté.

Ce n’est pas un agneau mais deux agneaux qui gambadent autour d’une brebis. J’aime les voir musser leurs museaux et donner de terribles coups de têtes pour obtenir du lait. C’est violent la tétée. Celle d’un petit d’homme pendu au sein de sa mère aussi. Il la mange physiquement des yeux et de la bouche. « Tu es à moi. » Ta gueule !

28.03.2008

De la liberté de langage

C’est quand le soleil caresse ainsi la terre que je sais que le printemps est là. Même le vent n’est pas froid, alors moi, comment le pourrais-je ?

 
Je le regardais à midi. Depuis combien de temps ne l’ai-je pas fait ? Il a vieilli. Il a toujours les mêmes gestes d’impatience quand il mange. Ses mains sont toujours identiques à celles qui m’ont fait jouir. Juste un peu plus burinées par le travail. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons dialogué en riant de choses et d’autres.

Là, je réfléchis. Je me masturbe l’esprit en me retournant sur mon passé. Tiens, il paraît que les nouveaux programmes scolaires stipulent que l’enfant devra apprendre le passé antérieur. Et les divisions dès le CE1. Eus-je dû choisir un autre père pour mes enfants ? Ça, c’est du passé antérieur. Ça sonne. Ça raisonne. Ça fait chier, oui. La question serait de préférence : aurais-je dû élire un autre amant ? Là, ce n’est plus de l’antérieur mais je m’en bats les couilles.

Par amant, qu’est-ce que j’entends ? Par ici, je n’entends guère, je jouirais plutôt. Plus tôt aussi. Passons pour arriver à cette problématique : qu’est-ce qui m’a poussée à coucher dans mon lit cet homme qui n’avait aucun critère de mon schéma d’homme idéal ?

 

Le Berbère ressemblerait assez à mon homme fantasmé : grand, mince, muscles dessinés et fermes, légèrement androgyne surtout au niveau de ses fesses (sublimes !), avec cette mâlitude si animale qui fait que toutes les femmes cherchent à capter son regard. Le Photographe avait aussi cette stature quoiqu’un peu plus empruntée car pas encore certain de sa séduction. Le Plongeur était différent, plus joueur de football américain. Ce qu’il était d’ailleurs à l’époque. Avec 25 kilos de moins, il a aujourd’hui une classe folle, plus affirmée.

 
Je disputais un jour avec le Journaliste branché BDSM du fait que j’avais besoin que mon partenaire soit physiquement plus grand que moi. Il m’avait rétorqué à l’époque que ce n’était pas la stature qui affirmait la domination d’un partenaire. Or, je ne cherchais pas forcément à être soumise même si j’aime qu’un garçon soit macho. Macho dans le sens premier du terme comme l’entend Eric Zemmour, pas dans le sens galvaudé que récrient les Chiennes de garde, ces connes, non. J’entends par macho le fait que l’homme soit à l’aise avec son côté garçon, son côté « je suis plus fort que toi physiquement ». Par contre, je déteste les côtés rustres qu’ont certains. « Tu pues du cul, pignouf ! » lu sur un blog récemment m’avait fait hurler de rire. Mais oui, je n’aime pas les goujats. J’adore qu’un homme se montre prévenant et respectueux comme j’apprécie aussi sa tendresse et sa sensibilité. 

« Tu t’es rasée la moule comme les bougnoules ? » Le jour où celui qui m’a donné la vie m’a sorti cela, j’aurais pu le tuer. Comment un père digne de ce nom peut balancer une telle phrase à sa fille ? Comment ma chair-sœur peut aduler un tel bonhomme ? D’ailleurs, comment pouvons-nous être sœurs ? Une erreur de casting sûrement.

Qu’est-ce qui m’a donc poussée à coucher dans mon lit ce beau brun de type hispanique au physique de rugbyman ? Pour en avoir parlé avec lui, il est évident pour l’un comme pour l’autre que j’ai choisi aussi la solution de facilité : il était là au bon moment et de très loin le plus beau du lot de tous les garçons qui zonaient dans mon secteur. Le plus mature aussi. Il possédait aussi ce côté vierge qui me donnait un sentiment de surpuissance. Moi, la plus jeune, j’allais lui enseigner l’amour et ses rituels. Mon côté sauvage et indomptable lui plaisait énormément. Qu’il puisse afficher devant tous que cette belle plante malicieuse l’avait choisi lui avait de quoi le faire jouir. Le seul hic : j’avais besoin d’air, j’avais besoin qu’il me surprenne. Je n’étais pas cette femme qu’il avait idéalisée au point de la placer sur un piédestal. Du reste, je n’étais pas catholique, je n’aimais pas spécialement ses amis, nous avions seulement quelques points communs. Ainsi, il n’aimait pas lire, il n’aimait pas paresser, il n’avait vu que peu de films.

Un beau jour, je suis descendue de ma colonne et j’ai osé dire stop ! Tel Diogène de Sinope, j’ai osé déclarer « Ôte-toi de mon soleil ! » parce que mal vivre, ça suffisait. Comme Alexandre et Diogène, nous sommes alors devenus amis. La chose la plus importante dans la vie n’est-elle pas la liberté de langage ? Pourtant, la société nous impose de ne pas tout dire. Quelle hypocrisie ! J’aime tant la franchise. Donc j’ai dit et il m’a écoutée. Cela a pris du temps mais il m’a écoutée. Je l’ai écouté aussi.


Serais-je cynique ? Le cynique selon Lacan ne connaît qu’une loi, celle de son désir mais contrairement aux canailles il ne tente pas de l’imposer aux autres et contrairement au débile pavlonisé, il ne se laisse pas soumettre à la pensée unique, aux modes ou aux discours officiels. Le cynique consacre toute son énergie à ne pas céder sur son désir. Ne pas céder sur son désir signifie ne pas avoir peur du devenir. Et le devenir est inextinguible…
 

L’avenir, c’est le Celte. Et quand je lis « Je veux… Bon sang. Je n'avais pas prévu d'être en proie à de telles idées de luxures à 08:44am ! », tout comme lui, je souris. Décidément, ce celte a tout pour me plaire : grand, athlétique, à l’aise avec ses côtés masculin et féminin, beau, intelligent, maniant l’humour à la perfection, cultivé et surtout, il ne craint pas que je le morde.

Je vis en sachant que je vais mourir et je mourrai en sachant que j'ai vécu. J’aime bien ma vie. Que disait-il déjà ? « J'aimerais beaucoup renfiler mes vêtements en sachant pertinemment que toutes tes odeurs rôdent sur ma peau sous le tissu corporate. » Oui, je veux devenir son job pour qu’il me travaille au bureau jusqu’à des heures bien plus tardives. Kiffons, kiffons.

Jalousies

Mes talons claquent à demi-mots dans les pièces que je traverse. Dehors, la pluie a cessé et les réverbères clonent leur lumière jaune sur le bitume mouillé. Mes volets sont clos. Pour aujourd’hui, je ne vois plus rien.

Comment ai-je pu être aussi conne ? A cette heure tardive, je me le demande encore. Prise dans le tourbillon de tous les mots que j’ai pu écrire pendant cette journée de solitude, je lui ai envoyé la partie retravaillée de ma nouvelle. Comment retenir un mail qui part ? Autant tenter de rattraper un souffle d’air.

A la seconde où le courriel fuyait dans les tuyaux, je savais avoir manqué de tact. Ou plutôt dans les minutes qui ont suivi. En même temps, je ne pouvais pas savoir qu’il avait accès à Internet. Le Berbère a réagi une heure plus tard alors même que je cherchais en riant jaune les notes qui auraient pu/du m’aider à terminer cette histoire de meurtres. « Tu peux m’expliquer, mais là, j’ai mal au ventre. » Et merde ! MERDE ! J’avais commis l’impondérable. J’ai pleuré sur ma connerie comme une enfant prise en faute.

Je déteste. Dans ces quarts d’heure-là, je me déteste. « Je ne pensais pas que tu... Oh et puis merde ! Je suis désolée que tu aies eu accès à ce mail alors que tu vis des moments pénibles. »

« Pourquoi me glacer avec cette blood série même bien écrite ? » Pourquoi ? Parce que, ça irait comme réponse ? Pour l’entendre me dire qu’elle était bien écrite ? Et puis lui, s’était-il soucié de la peine que j’endurais quand il m’envoyait des mots rougis de sexe alors que j’enterrais une de mes proches ? S’est-il inquiété de ce que je ressentais ces derniers jours alors que cet immonde salopard de cancer rattrape ma mère ? Non. Non et il a bien raison. Nos vies collatérales ne nous regardent pas.

J’ai bondi sur le Celte. « J'étais bien partie pourtant et l'histoire avançait. C'est étrange de retravailler un vieux manuscrit, j'ai l'impression de me glisser dans les mots d'une autre si semblable et si différente, tout à la fois. Je souriais, les mots se poursuivaient, s'enchaînaient jusqu'à ce que la dernière ligne arrive. Oui. J'ai perdu les notes qu'à l'époque j'avais prise. Du coup, qu'ai-je bien pu faire de cette bergère que j'avais appelé Jeanne ?

Comment l'ai-je tuée ? Et comment avais-je prénommée la dernière victime ? J'ai le droit de dire "merde !" ? "MERDE !" aussi ? Envie d'un whisky. Envie de toi. Je sais, c'est idiot. Surtout que je la vois danser dans l'herbe, cette Jeanne. Je pourrais presque la toucher. La peindre avec mes mots aussi. Angélique, ce sera sa dernière victime au tueur. En grec, le prénom signifie le messager. Tu t'en fiches ? Je n'ai pas encore bu. La nuit est tombée sans bruit. Un whisky, un encas et j'irai à cette fichue réunion. Pourquoi ai-je toujours envie de te sauter dessus après t'avoir reniflé ? » Entre autres propositions, j’aime beaucoup celle-ci « Bois ce whisky et embrasse-moi à pleine bouche juste après... que nous ayons tous les deux le feu aux joues... » Ou au cul.

Plus tard, je lui écrirai ceci : « Je voudrais poser mes lèvres sur ton ventre, sentir ton sexe palpité d'envies, prévenir tes mains qui se tendraient vers mon visage que ton pouce peut s'enfoncer dans ma bouche. Je voudrais te violer pendant ton sommeil. M'enfoncer en toi comme l'air que tu respires. D'un coup sec et avide. Possessif. Je flirte avec la jalousie en lui crachant à la gueule. Et si on disait que j'étais ton job ? Attention, je ne dis pas que j'envie celle qui te touche. Ou pas. Non, je dis que... tu me manques. Oui, c'est cela. J'aime lire tes mots qui font saccader mon cœur, tes mots qui font mouiller mon sexe et se cambrer mes reins. Tes mots qui troublent mon sourire et font vaciller mes yeux. Et si on se baisait bientôt ? Et si on apprenait à nos corps à se toucher ? Tu veux ? »

Je ne sais pas ce qu’est la jalousie amoureuse. Non pas que je la chasse avec orgueil ou par paresse comme Tristan mais dans le désordre, non. Eprouver de la jalousie envers une personne que j’aime serait lui manquer d’estime. Et croire qu’elle m’appartient comme un objet. Beau tant qu’à faire. D’ailleurs, il faudrait plutôt que j’éprouve de la jalousie envers celle qui partage la vie du Berbère. Ou du Celte. Pourquoi alors qu’ils aiment ces femmes devrais-je les envier ?

Mon mari était jaloux jusque dans ses rêves. Ou ses cauchemars. J’étais sa chose sans qu’il en ait même conscience. Sauf quand, crédule, je venais lui raconter qu’un homme venait de me proposer de le rejoindre dans une des chambres qu’il louait. Il faut dire que cela faisait désordre quelques jours après notre mariage. Il faut dire que j’étais jeune et innocente. Pour preuve, je n’avais pas tenté de séduire ce type. Il faut dire aussi que je l’avais prévenu que je ne croyais pas à la fidélité des corps. Lui aurais-je parlé d’une aventure si je l’avais vécue ? Non. Non, bien sûr que non. Mais quelle réaction violente de sa part ! Il pleurait en se frappant la tête contre le mur. Je crois qu’une partie de moi regrettait qu’il ne casse pas la gueule à ce gugusse.

Mon mari voulait contrôler ma vie tout en jouant la carte du « fais ce que tu veux, cela te regarde. » Quel plaisir malsain peut avoir ce genre de personnage ? Un auto-sado-masochisme latent ? Chronique ? Depuis qu’il a appris à être infidèle, il semble mieux dans sa peau. Rassuré, peut-être, sur le fait qu’il peut encore plaire. Parfois, je joue à chercher qui sont les autres femmes. Est-ce qu’il les choisit loin d’ici ? Est-ce qu’elles sont jolies ? Quelque part, je serais vexée qu’il couche avec une laide.

« J’ai un peu de mal avec la gratuité. » Oui, moi aussi. Est-ce que je sais pourquoi j'ai écrit cette histoire qui n'est pas terminée d'ailleurs ? Oui, bien sûr que je le sais. J'avais quelque chose à tuer. Il croit quoi, que je me plais dans la douleur physique, que l'horreur m'attire ? En écriture, n'ai-je pas tous les droits ? Ne puis-je pas franchir les barrières, les tabous ? Jouer avec mes peurs, des peurs qui viennent sûrement d'au-delà ma vie et en sortir, je pense que c'était cela ma démarche de l'époque. Prouver aussi que je pouvais écrire autre chose que de l'érotisme. Me le prouver à moi déjà. N’empêche, je lui parlais de Maupassant pour tout autre chose et il me compare à Montaigne. Mince alors ! J’écrirais comme Montaigne ? Que sais-je ? Je ne sais rien mais j’aime cette citation de Michel « le mariage est une cage ; les oiseaux en dehors désespèrent d’y entrer, ceux dedans désespèrent d’en sortir. »

Faut-il que j’avoue au Berbère ne jamais avoir lu Montaigne ? Ou alors si petite que je ne me le rappelle pas ? Par contre, je sais ce que je vais lui écrire : *personne n’est exempt de dire des fadaises. Le malheur est de les dire curieusement. Sale petite conne que je suis !

*Michel de Montaigne

26.03.2008

Libertine

« Le monde m'est nouveau à mon réveil, chaque matin » écrivait Colette. En ouvrant les volets de ma chambre vers huit heures aujourd’hui, je l’ai trouvé changé. Bien sûr, en apparence rien n’a bougé même si la neige a totalement disparu, même si aucun souffle d’air ne bat la campagne. Et ses habitants.

Pianotant sur mon clavier avant de sortir de ma tanière, je l’entendais fureter dans la cuisine. Depuis combien de temps traîne-t-elle ses pieds qu’on dirait qu’elle supporte le poids du monde sur ses épaules ? Et vu la gueule du monde et ses lourdeurs…Quelques mails plus tard, je l’ai rejointe. Je suis toujours subjuguée par sa mine gourmande, son appétit enfantin devant un croissant frais. Les rots et les pets de son mari ont achevé de me couper le mien, d’appétit. Je songeais en les regardant partir qu’il se passerait beaucoup de jours avant que nous nous revoyions. A moins que… « Si tu veux venir aux Francofolies, tu peux… » Oui, bien sûr qu’oui, je sais que je serai accueillie à bras ouverts. Maintenant, savoir si j’en aurai l’envie est autre chose.

« Quand une femme connaît la préférence d’un homme, cigares compris, quand un homme sait ce qui plaît à une femme, ils sont bien armés l’un contre l’autre. » toujours Colette…

Le Berbère s’absente pour trois jours. Ce qui nous a ravis, l’un comme l’autre, depuis le tout début de notre relation, c’est que nous nous sommes connus charnellement. Deux corps nus et inconnus qui se pénètrent par tous les sens dans une chambre d’hôtel dont la pénombre reflétait la couleur pourpre du désir le plus puissant. Ce qui nous enchante encore actuellement, c’est de ne pratiquement rien connaître de l’autre à part quelques bribes qui s’échappent comme des vapeurs d’alcool fort.

Il m’a littéralement tatouée de l’intérieur. Il le sait. « Je veux vivre la décadence avec toi parce que je te connais vertueuse justement, et là, il est aisé de sombrer avec quelqu'un de bon. Je ne voudrais pas vivre le quart avec d'autres... » Moi non plus, Berbère.

D’aucuns me croient/m’espèrent/m’envisagent perverse baiseuse qui n’a de cesse de coucher dans son lit tout ce qui porte un sexe. Mâle ou femelle, le sexe. Seuls les êtres qui ont baisé mes lèvres (et je ne préciserai pas lesquelles) pourraient éventuellement répondre. Eventuellement, car certaines de ces personnes sont passées à côté de moi comme j’ai pu juste les frôler. Une question de peaux ou de décalage, peut-être. De paresse aussi.

«  Le difficile, ce n’est pas de donner, c’est de ne pas tout donner. » Décidément, Colette m’obsède en ces heures grisées. Je dirais plutôt que le plus difficile, c’est de tout donner. Bien entendu, je cause sexe. Je cause moi. Je cause sens, sans dessous dessus, sans dessus dessous. Je cause explosion exponentielle du moi. Le Berbère a cette faculté rare : il me projette dans ses décors inventés et je l’y rejoins en toute quiétude. Nous triturons nos fantasmes jusqu’à étirer notre désir et entrer en transe. « Attention, ce sexe brûlant qui écarte toute propension à la vertu pourrait nous dévier de notre trajectoire. » Il pourrait, oui. Mais cela ne sera pas. De nos mots, de nos images, de toutes ces scènes érotico-pornogaphiques que nous nous balançons à la gueule tels deux fauves joueurs, naît l’évidence. « Tu es chamane » « Tu es sorcier ». Qu’importe la qualification que nous nous donnons puisque nous savons tous les deux qu’aucune autre personne n’assistera à ce nous avons vécu. Qui comprendrait les rivages sur lesquels nous sommes allés et desquels nous sommes revenus, plus puissants, plus aiguisés à tout ce qui nous entoure ? Je pourrais toujours dire qu’il me retourne comme je le retourne et alors ?

Alors, vient le Celte. Autre approche. Autres mœurs. Venant du monde des blogs et parce que nous avons fréquenté assidûment la même plate-forme pendant plusieurs années, nous connaissons tellement et si peu de choses l’un de l’autre. Quand il a repris contact en m’écrivant d’une autre adresse mail, j’ai reconnu immédiatement son écriture avant même de lire l’initiale de son prénom. « Les mots et les courbes qui viennent de toi sont toujours emprunts d'une aura épicée qui aurait le goût de l'interdit donc tout à fait attirant. » Plus tard, je lui avouerai que j’avais gardé son numéro de téléphone dans mon répertoire pendant toutes ces années, chose rarissime chez moi qui méritait d’être notée et il le fit. Il me dira qu’il zonait toujours dans les parages. J’ai souri. J’ai souri parce qu’un jour le Berbère m’avait provoquée en énonçant cette vérité « Tu es de ces femmes qui marquent les hommes et ils doivent être nombreux à suivre ton sillage. » Comme d’autres le sont à me fuir !

« *Aimer beaucoup, comme c’est aimer peu ! On aime, rien de plus et rien de moins. » Oui, Guy, je te l’accorde. Et je n’aime que les gens de talent car « *le talent provient de l'originalité, qui est une manière spéciale de penser, de voir, de comprendre et de juger. »

Une fumée blanche s’échappe d’une cheminée. Plus loin, au-delà de la rivière, une voiture s’avance vers le village, tous feux allumés. La nuit aussi s’avance à tout petits pas légers et sans fard. La rhubarbe a retrouvé l’air libre et menotte de ses courts bras trapus et frisés les derniers rayons du jour. Je devrais travailler ma nouvelle plus assidûment. Je devrais poursuivre l’écriture de ce manuscrit dont certains contenus pourraient se rapprocher quelque peu de celui d’une célèbre scénariste. On en apprend des choses en fréquentant les salons de Paris. Les bouleaux blancs n’écoperont jamais de la peine d’un canot s’échouant sur une île. Je ne sais même plus où se situe la République dominicaine. Et alors ? Alors, dans un petit mois maintenant, je serai dans une chambre tout contre son cul. « J’ai usé de fictions… mais ce ne sont pas des mensonges, ce sont des décrochés veloutés et sexuels faits pour te faire réajouir. » Non, ce ne sont pas des mensonges. Dans un petit mois, je le ferai hurler de plaisir à en crever les tympans des églises. Dans un petit mois, il m’emmènera ensuite au-delà de moi. Les fantasmes démultipliés et renvoyés par notre palais des glaces zébreront notre raison de stries rouges incandescentes. C’est cela, la réalité. Et plus tard, si tout va bien, je rejoindrai cet homme-revenant. Il sera alors temps de respirer des parfums autres mais tout autant épicés. Mais j’y songe à l’instant, et s’il me laissait un message tel que : « je suis libertine, je suis ta catin » ? Ce serait on ne peut plus de circonstance. Je ne joue pas, moi, monsieur, je suce. J’aime bien cette phrase, ma phrase. Je ne joue pas, moi, monsieur, je suce. Sûrement une pensée qui suit de près celle de Colette, « l’essentiel n’est pas la flûte, ni ce qu’elle joue, mais le visage derrière la flûte et qui en joue. »

Escalier, escalier, esprit d’escalier quand tu nous tiens ! « Je te sucerai en te regardant profondément dans les yeux pour y voir se refléter tous ces éclats… »

*Guy de Maupassant

24.03.2008

Parano song

Ce matin, la neige avait saupoudré le paysage d’une fine couche de sucre glace. J’ai erré toute la journée comme en-dehors de moi, souriant aux personnes présentes pour faire illusion. Derrière ce masque de bonne figure, je mâchonnais des idées rouges, des idées sombres, des idées primevères. Jaune pâle, mauve, blanche, violette, parme, à la fin de l’après-midi, leurs collerettes éclataient sur l’herbe verte. Le nain de jardin, vestige ridicule d’un ancien anniversaire, est toujours allongé sous le juniperus. J’ai écrasé ma cigarette, abandonné les images pornographiques qui me viennent dès que je pense au berbère ou au celte et je suis rentrée.

C’est à mon dernier jour à Paris que j’ai appris qu’ils venaient plus tôt que prévu. Je m’en souviens : je parlais avec le barman de l’Indiana quand le sms est arrivé. Il me surveille, le barman, depuis qu’un homme soi-disant louche m’observait de façon attentive alors que je lisais Le traité des orgasmes. Et maintenant, dès que je sors fumer, il m’accompagne. C’est un homme charmant.

Ce texto m’a agacée. Déjà que le Berbère avait eu un empêchement de dernière minute, que le Celte n’était pas rentré en France, que le Plongeur était pressé et que le Lord anglais s’était envolé. Qu’est-ce qu’ils avaient tous à m’envahir de leur présence trop présente ou de leur absence trop absente ?

Quand j’avais appelé l’auteur du message, il m’avait succinctement évoqué que ma mère devrait bientôt passer un scanner. Maintenant, j’en sais plus. Pas grâce à elle, bien sûr. Non, c’est celui qu’elle a épousé en deuxième noce qui s’est confié. Une douche et hop, monsieur déballe. La douche pour elle, la confession pour moi. A l’heure du petit déj’, mon esprit encore enfoui sous les images lubriques que le berbère ne cesse de m’envoyer depuis ces derniers jours, mes lèvres dans mon thé, mes yeux perdus au-delà de la vitre.

Les marqueurs sont à nouveau aussi nombreux qu’au tout début. Sale enculé de putain de merde de crabe ! Il ne te suffisait pas qu’elle se batte contre un cancer du sein et qu’elle lui ramasse la gueule. Il ne suffisait pas qu’elle se batte contre celui des os, non, maintenant, il faudrait que tu lui bouffes son foie ?

Est-ce que j’ai été suffisamment souriante quand elle est descendue de la voiture, jeudi ? Je ne sais pas, moi, je sortais d’une mammographie, j’avais peut-être la tête ailleurs ? Est-ce que j’ai été suffisamment câline avec mon oncle au cimetière ? Je sais que j’ai caressé la joue de ma tante. Si ses yeux n’étaient pas emplis d’un vide abyssal, personne ne se douterait que sa fille s’est suicidée en début d’année. Pas une larme sur ses joues. Jean pleurait encore et c’était la première fois qu’il posait sa main sur ma joue.  Pourtant, je ne suis toujours pas blonde aux yeux bleus ! Je crois même qu’il ne l’a pas fait avec mes autres cousines. Mais, mais c’est une de celles-ci qui soutenait ma mère. C'est l'une d'elle qui l'a aidée à marcher jusqu'à ces anciennes tombes. Qu’est-ce que je fichais au milieu de tous ces morts ? « Je n’ai pas acheté de fleurs. Dany l’a fait. Je n’ai pas acheté de fleurs. J'aurais dû, non ? Je n'ai pas acheté de fleurs. J’irai en acheter demain. C’est ouvert, non ? » Ta gueule ! Merde, ta gueule ! Je m’en fous de tes fleurs en plastique que tu viendras déposer sur toutes ces tombes ! Si je veux, dans ma tête, ils me sourient tous. Et ils me parlent tous. Et tant que je pense à eux, quelque part, ils sont vivants. Surtout si j’en parle.

Personne n’a parlé de la suicidée dans cette salle communale. Le Gewürztraminer était excellent, la brioche aussi. Alors que nous nous raccrochions à la vie, les plus anciens se racontaient leurs maladies. J’en avais assez ! Je suis sortie fumer entre deux giboulées. Sur mon écran de portable, une queue et une bouche. Le berbère suçant un gay. J’avais dû me tromper de journée…

Elle m’a offert des lys et des roses et m’a souhaité un joyeux anniversaire aujourd'hui. Je l’ai embrassée du bout des lèvres. Je ne pourrai jamais la tenir dans mes bras. C’est plus fort que moi. Les seules marques de tendresse entre nous seront ces baisers. Plus, je ne peux pas. Je ne pourrai jamais, je crois.

 

Dehors en contemplant ce nain stupide, je pestais contre le connard qui avait fichu Pâques un 23 mars et le lendemain d’une remise de cendres dans un cimetière. Je songeais surtout au Berbère. « Ça m’inquiète que tu ne sois pas inquiète que je parle de toi à G. » Pourquoi ? Qu’il apprenne à son amie mon existence si cela l’excite ! Je serais plus inquiète qu’il lui offre son cul que je ne le suis quand il le tend à lécher à ce gay. Je détesterais qu’il puisse vivre avec elle ce qu’il vit avec moi. Le gay n’est qu’un excipient à son attente. Si je me souviens bien, c’est ce jour-là, alors que je baiserai mon amant comme une folle, c’est ce jour-là que ma mère passera son scanner. Je vais l’occulter ce scanner et me concentrer sur cette histoire de sexe transcendé. « Mon cul t’appartient, je n’ai confiance qu’en toi, toi seule saura l’utiliser. » Nous sommes si complices que c’en est renversant. D'ailleurs, ce qu'il veut c'est l'inversion des rôles, cette fois. Et ce futur me ravit. Je deviens lui jusque dans mes décisions. Un pur plaisir. Un vrai régal. Surtout qu’il est question que ce jour-là aussi, je rencontre pour la première fois mon Celte. Et dans cette chambre close sur nos deux corps qui s’affameront et se baiseront pendant de longues heures, nous oublierons nos vies.

Je n’ai pas envie de psychoter. Pas envie de me berner. Ce jour-là, je serai insatiable, tellement désireuse de m’enfermer dans une bulle de sexe luxueux qu’il faudra bien ces deux êtres magnifiques pour m’envoler.

11.03.2008

Sirop de manques

Le cul de la tempête est parti se faire voir ailleurs. Le ciel pleure de gris. Je n’ai pas revu l’hermine. Quelque part, le jeune siamois dort. Quelque part, un feu à l’âtre crépite. Quelque part, il vit. Lui aussi et lui aussi. Et moi aussi.

Hier, j’ai pensé au Berbère. Juste une fraction de secondes. Un laps de temps suffisant pour le sentir heureux, en pleine extase paternelle. Ce matin, il m’avait écrit. Je l’imagine jouant au train électrique avec le plus grand, bouche ouverte et sourire dans les yeux devant le plus petit et déjà je ferme les yeux. Ces images ne m’appartiennent pas. Seules dansent dans ma tête, nos images, ces chambres rouges, pavées de mots sulfureux et de gestes brûlants à en glacer l’âme des non-initiés. « Serais-je homosexuelle ? » « Oui, avec moi oui. » J’avais souri à son assurance. « En tout cas, avec toi, depuis le début, je glisse dans ces variantes onctueuses de l'émoi et de l'inconscience réhabilitée, flirtant avec l'impossible et le désir exacerbé, aux parois sans prises, huilées. Je glisse, je tombe, je désire, j'étouffe, j'en jouis. » Oui, avec lui oui, j’étais homosexuelle, j’étais pan-sexuelle, j’étais… autre. Il ne me manque pas.

Par la fenêtre, il pleut toujours. Les bouleaux en pleurent, écorchant leur blancheur sur la verdure du sapin.

Hier encore, le Disquaire a appelé, l’éjaculation au bord de la voix. « Vous. Votre voix me fait un effet… » Un oui sec produit donc autant d’effet ? Je lui ai ri au nez, moqueuse. Lui qui part encore aux States alors que j’arrive à Paris. A moins qu’il ne remonte de Marseille pour m’attraper sur le quai ? Pas de sexe au téléphone, non. Pas vraiment envie et surtout, pas vraiment seule. Je raccroche après quelques mots. Il me rappellera quelques minutes plus tard. Je l’écouterai jouir, curieuse. Les hommes sont si fragiles dans ces moments-là, si impuissants, si impudiques. Il part en riant. Il fut des jours où ces départs précipités me fâchaient. Me vexaient ? M’attristaient aussi parfois. Hier, j’ai ri et j’ai râlé aussi. Par mail. « Il arrivera forcément un jour où je vous claquerai la porte au nez car vous le cherchez bien. » J’aurai pu écrire sa réponse : Je sais. Mais j’aime ça.
Oui. Moi aussi, j’aime ça ne pas savoir quand. Vrai ! N’empêche, pourquoi est-ce que je reste en relation avec le seul homme qui ne m’a pas baisée ? Peut-être justement à cause de cela. Il ne manque pas non plus.

« J'écarterai tes jambes pour savoir si tu as écartée cette envie de moi. Et si c'est le cas, je ne te lâcherai pour autant pas. Au contraire. » Oui, je peux envisager une création pornographique avec le Celte. Tender to hard, oui. Putain de lui comme il me manque ! Et là, mon corps m’étonne : comment peut-il réclamer une peau si violemment alors qu’il ne la connaît pas encore ? Sauf que.

La pluie tombe rageusement maintenant. J’ai envie d’un thé. J’ai envie d’un Celte à m’en faire mouiller des rivières. Et je sirote mon manque de lui avec délectation. J’aime cette boule/houle de désirs que je m’amuse à faire onduler à l’intérieur de moi. J’inspire narines écartées. J’inspire. J’inspire. Je fais monter, monter en puissance, encore, encore. Encore.

Au loin, des voitures et des camions écument la route. J’ai pleinement conscience de mon corps qui le réclame de tous ses pores. Jeudi soir, je dors chez le Plongeur. Je ne sais toujours pas si mon Lord anglais passera quelques heures avec moi à flâner entre les stands couverts de livres et de badauds, accessoirement d’auteurs. Mes interviews ne sont pas peaufinées, mes chroniques ne sont pas bouclées. Et je sirote mon manque de lui avec délectation.

03.03.2008

Une question de centimètres

J’aime regarder la rougeur des jeunes pousses au milieu de la verdure encore jaunie par l’hiver. En me penchant, je m’aperçois que le forsythia a quelques fleurs. Si j’étais moins fainéante, je nettoierais ces carreaux que le jeune siamois s’empresserait de venir maroufler de ces pattes humides et terreuses. Les cassissiers et les groseilliers bourgeonnent. J’aimerais voir la couleur unique de cette rose dans ce ciel gris.

Les deux réunions politiques qui vont se dérouler ce soir et demain soir risquent d’être hautement épiques. Même si la deuxième m’importe un peu plus puisque j’y prends une part active, je ne cesse de me marrer en me demandant qui du conseiller général sortant ou du maire sortant va tenter de pisser plus loin ? Et aussi, quel est l’autre canton de France qui n’a qu’un seul conseiller en lice ?

Tout à coup, mon attention se focalise sur une tache blanche qui file au ras du sol. Blanc et noir, à vrai dire. Une hermine ! Je n’en ai pas vu depuis ma plus tendre enfance. Ce jour-là, il neigeait. Ce jour-là, mon grand-père était avec moi. Qu’est-ce qui a pu la déranger qu’elle furète en plein jour ? Vu sa petite taille, je pense qu’elle n’est pas encore adulte, encore qu’elle n’en est pas loin.

Dès mon entrée en sixième, je portais des talons hauts. Néanmoins, j’ai eu par la suite ma période baskets et ballerines chinoises. D’ailleurs, j’adorais les customiser pour provoquer l’étonnement. Je claquais mes talons sur le carrelage du hall, mes petits seins paradaient dans des décolletés assez provocants. Ils le seront beaucoup plus par la suite. Un jour, un caïd de CPPN a tenté de me mettre la main aux fesses. Je l’ai rabroué devant sa bande. Le lendemain, entouré de sa cour, il s’arrangeait pour m’isoler et me plaquer le dos au mur, ses deux mains posées de par et d’autre de ma tête, il me parlait vraiment face à face.

J’avais tout de suite détester sa façon de marcher en roulant des épaules, suivi de ces petites merdes. J’ai encore plus détesté qu’il se croie supérieur à moi au point de m’imposer sa présence. Que m’a-t-il dit cette fois-là ? Je ne m’en souviens plus. Ces comparses se bidonnaient, bien sûr, et une de mes « copines » était hilare. Je me suis abaissée pour glisser d’entre ses bras et me libérer de sa soi-disant emprise. « Hé ! Qu’est-ce qu’il t’a dit, hein? Hein ? » Se pouvait-il qu’elle eut rêvé d’être à ma place ? Je ne lui ai rien répondu, agacée qu’aucune de ses dindes ne m’aient prêté main-forte.

Alors, ici, c’était une jungle où évoluaient plus de 2000 élèves ? D’accord ! D’accord ! Puisque j’étais censée rester dans ce collège et lycée pour plusieurs années, je n’allais pas jouer à la fiotte.

Le surlendemain, cette tête à claque revenait à la charge, ses michetons à ses basques. Je l’ai laissé prendre l’avantage et, alors qu’il fanfaronnait, je lui ai balancé une gifle magistrale. Je ne dirais pas que tout le hall, long de plus de cent mètres, s’est retrouvé à bruisser d’un silence le plus total mais des sixièmes (13 classes de sixième) jusqu’aux premières troisièmes (il existait une sorte de classement où face au bâtiment, on pouvait remarquer à l’extrême gauche la 6°13 et à l’extrême droite la dernière classe de terminale. Ainsi, dès les premières heures dans cette enceinte de singes savants, on pouvait se mettre dans le crâne qu’il faudrait au minimum 7 ans pour parcourir 100 mètres. J’apprendrais plus tard que même Haby qui avait rêvé que chaque enfant ait sa chance ne pouvait rien contre ses a priori tenaces de petite ville de province : un jeune portugais serait relégué en 6°13 et filerait dès septembre prochain en classe de CPPN. La fille du sous-préfet et ses consœurs ou confrères - filles de médecins ou de pharmaciens, fils d’ophtalmo ou de professeurs – iraient directement en 6°1 et ainsi de suite jusqu’à la terminale, je le sais, étant bonne élève, j’ai eu droit d’intégrer ses premières classes dès la 5°. J’ai détesté ce carcan.), le temps fut suspendu. Je pouvais sentir des centaines de regards nous observer. Peut-être que j’y avais été un peu fort car sa joue gauche était écarlate. Le caïd attrapa le col de mon chemisier, me repoussa violemment contre le mur. « Tu sais ce qui est arrivé à la dernière fille qui a osé lever la main sur moi ? » « Non mais tu vas me le dire, connard ! » Il frémit sous l’insulte et me balança à nouveau contre le mur. Il faut dire qu’il mesurait quelques centimètres de plus que moi, même avec mes talons. Un petit joueur ! A 17 ans, s’en prendre à une môme d’à peine 12 ans !

« Elle est à l’hôpital. » « Ah oui ? Et tu comptes m’y expédier aussi ? » J’étais d’une rage folle. Je l’ai repoussé avec une telle violence qu’il a failli se retrouver le cul par terre et puis j’ai avancé vers mes « copines » qui, bien sûr, n’avait pas levé un petit doigt. Même les pions n’avaient pas bougé. Je tremblais, ivre de colère. Derrière moi, cette espèce d’idiot continuer à m’invectiver : « Espèce de sale petite pute ! Je te ferai rabaisser ton caquet, tu verras ! » J’ai continué d’avancer. Et si ce con mettait ses menaces à exécution ? J’ai eu peur pendant quelques jours. Quelques heures ? Ce qui est certain, c’est que plus jamais un garçon de l’établissement n’a cherché à me marcher sur les pieds. Ce qui est certain aussi, c’est que ce garçon n’était pas si grand que cela. A quelques années de distance, j’ai pu me rendre compte qu’il n’était qu’un razoguet et qu’il ne m’avait pas oubliée : si ses yeux avaient pu être des mitrailleuses.

Lors d’une conversation, le Journaliste avait laissé échappé qu’il mesurait 1,63 m. Quoi, seulement ? Je hurlais dans ma tête cette phrase que je ne lui ai jamais dite. Par contre, il a su que tous mes amants étaient plus grands que moi, à part l’être d’une nuit à la peau si douce. Il est inconcevable pour moi de me baisser pour me blottir dans les bras d’un homme. C’est une des raisons pour laquelle le Journaliste et moi ne serons jamais amants. Même s’il espère toujours. En plus, je n’aime pas le dessin de sa bouche ni celui de son visage.

Quand le Plongeur a flashé sur moi, il jouait au football américain et avait pratiquement 25 kilos de plus qu’aujourd’hui. Un divorce et quelques années plus tard, il a beaucoup minci, a remodelé son corps, a toujours des yeux bleus magnifiques sur ses cheveux sombres et des mains aux petits doigts. Petits doigts, petite queue ? En l’occurrence, cela colle parfaitement à monsieur. Seulement, quand il ne joue pas au tueur de ces dames, cela ne me gêne pas si je prends le dessus et s’il ne cherche pas à poursuivre un corps à corps que je juge rapidement futile. Nous ne sommes plus raccord lui et moi comme nous avons pu l’être à une époque. Mais quand même : serais-je accro aux sexes longs ?

A y bien réfléchir et en considérant mon parcours : oui. Ce n’est pas physique pourtant car je sais utiliser mon corps et plus principalement les muscles de mon vagin. Non, c’est simplement mental : je ne peux pas me faire pénétrer par une petite bite. Avec moi, l’homme doit savoir ce qu’il veut. Si c’est pour avancer et reculer indéfiniment, c’est inutile qu’il espère m’accrocher plus que quelques heures. Je n’attends pas non plus que mon partenaire soit bâti comme une armoire à glace ( pourtant, j’aime les miroirs et les glaces.) et videur aux Bains Douches, loin de là. Je n’attends pas non plus qu’il soit Apollon mais il ne sera jamais Quasimodo, ni obèse. Cela dit, je ne me balade pas avec mon mètre-ruban !

La femme est tout ce que l’homme appelle et tout ce qu’il n’atteint pas nous prévenait Simone. Erreur, Madame, je connais certains hommes qui savent mais je n’oublie pas qu’ »entre deux individus, l’harmonie n’est jamais donnée », qu’ « elle doit indéfiniment se conquérir ».

02.03.2008

Femme multiple

Je fume une cigarette dehors. Des gouttes de pluies résistent à l’apesanteur accrochées aux branches des bouleaux encore nues. Les primevères éclatent de couleur à côté des perce-neige qui font la gueule. Trois jonquilles sont en fleur.

Il faudrait que je termine de retravailler cette nouvelle. Il faudrait aussi que je poursuive l’écriture de ce manuscrit. Que je relance des éditeurs. Je bloque mes prochains rendez-vous pour ce salon du livre. Et puis, j’écris ce nouveau texte qui parle de lui et moi. Il est réapparu depuis quelques jours alors qu’il avait disparu de ma vie. Pour l’avoir lu dès mes premières heures d’accès à la virtualité, je sais cet homme. Je connais ses blessures comme il connaît les miennes. Je sais son animalité comme il sait la mienne.

Il est des yeux noirs qui restent persuadés que je suis une nouvelle gourgandine toujours prête à écarter les cuisses devant un homme, pataugeant dans une vie à laquelle je mêlerais plusieurs amants. Or, c’est totalement faux.

Si j’ai une définition précise de ce qu’est la fidélité pour moi, je ne passe pas mon temps à booker mon agenda pour ne pas croiser un tel alors que je serais en compagnie d’un autre. A l’époque où le journaliste m’a contactée en espérant que je devienne une de ces soumises, seul le Photographe était présent. Et encore. Je n’ai jamais rencontré le Journaliste mais nous avons correspondu longuement et nous nous sommes parlés plusieurs fois au téléphone. Je suis une des rares à qui il a signalé son changement d’adresse. Il est un des rares à qui je confie ma progression littéraire. Comme il me connaît, il est capable de frapper là où cela me fera réagir pour que ma plume s’affûte. Et j’ai besoin de cela.

J’ai fait l’amour une seule fois avec le Plongeur. Nous n’étions pas totalement raccord sauf à de courts instants. Il fallait qu’il me baise et au travers moi qu’il baise toutes les femmes. J’étais ailleurs. Une autre fois, nous avons passé la nuit ensemble sans nous toucher. Récemment, je l’ai baisé. Pas par vengeance, non. Parce que j’en avais envie et qu’il en avait envie aussi. J’avais encore ce qui venait de se passer avec le Berbère dans la tête et même si j’ai aimé ce que je vivais avec le Plongeur, il manquait quelque chose. Peut-être que les mots durs qu’il avait prononcé à mon égard y étaient pour beaucoup. « J’aimerais que tu me pardonnes tout ce que j’ai pu te dire de blessant. » Je lui ai souri et je l’ai baisé. Il possède un très bon calva.

Quand j’ai rencontré le Lord anglais, il s’est passé indéniablement quelque chose entre nous. Ce petit quelque chose d’indéfinissable qui laisse des traces. Cet homme aux manières policées me plaît beaucoup mais je ne le toucherai pas. Uniquement parce qu’il a la tête emplie d’une autre et que je devine qui est cette autre, qu’elle lui donne ce que je pourrais lui donner. A lui de faire cette route, à moi de parcourir la mienne.

Pour le moment indéfini, mon Berbère nage dans son bonheur tout frais, tout neuf. Je suis heureuse qu’il soit heureux. Et le Celte est là, si troublant, si sensuel. Quand un homme réussit à me faire mouiller du ventre jusqu’à la tête, quand il possède un charisme à me couper le souffle, quand il n’a pas peur de la femme multiple que je suis, quand il croit en moi autant que je crois en lui alors je deviens braise. « C'est très simple et très bon : tu me fais bander comme rarement. Puissante impression d'être en vie.» m’a-t-il écrit. C’est puissant, oui. Très. Parce que c’est lui, parce que c’est moi ? Là, je souris, moqueuse. C’est un sage, c’est un fou et c’est sûrement, lui aussi, un tantrika.

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