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04.04.2008

Aversion et inversion

C’est un jour de brumes. Dehors, le soleil tente de percer violemment le brouillard qui chape de plomb gris tout le paysage. Même les oiseaux piaillent derrière un rideau de coton gris. Pas repassé le rideau. Albin de la Simone, un artisteeeeeeeee, déglutit ses textes niais en tentant d’imiter Katherine. La tête dans le brouillard, il passe bien ce con !


« Pour tout te dire, tu es l’unique personne privée à me contacter sur mon mobile pro » Le Celte part en week-end prolongé, je m’en voudrais de lui fixer la tête ailleurs. Il pourrait en rougir. Le mobile, pas le fauve. « Il ne s’en est jamais plaint ». Moi non plus. « La dernière fois que j'ai cédé à un homme, c'était en janvier. Je m'en lasse vite. Très vite.
Je pense être assez cruel avec les hommes de ce point de vue. C'est peut-être ma façon de les marquer et ainsi "dominer". » Pour autant, il n’a pas peur que je devienne accroc à sa personne et, pour l’instant, c’est Moi qu’il veut. Jusqu’à preuve du contraire, je suis une femme. Ah ah.

« J'ai le sentiment que tu possèdes un recul particulier sur ces relations. C'est vital. » Tu m’étonnes !

Les parents d’une fillette de 11 mois décédée parce qu’ils l’ont mal nourrie viennent d’être écroués pour privation de soins ou d’aliments. Et mon cul, c’est du poulet ? Où étaient les services de PMI pendant ces onze mois où cette môme a souffert le martyr parce que deux cons d’adultes avaient décrété que manger végétalien, c’était bon pour la santé ? Le manque de bol (sans riz), c’est que ces connards, c’était son papa et sa maman. En France, on peut battre, violer, tuer son enfant parce que, justement, c’est SON. L’ironie de la chose est la suivante : tenter d’adopter un enfant, vous verrez comme c’est facile. Une autre kelleestbienbonne ? En novembre 2007, la PMI n’avait signalé aucune anomalie. On se marre ? Allez, on se marre. La môme est morte, on passe à la suivante. Il en meurt des dizaines régulièrement. Peut-être même dans l’appartement sis à côté. 

La famille G. a habité pendant plusieurs années dans une maison mal chauffée en hiver. L’hiver est rude par ici. Quand quelqu’un vous dit qu’à partir de 15°, il a chaud, quand ce même quelqu’un plonge la tête la première dans une eau à limite 14°, vous pouvez être certain qu’il est du secteur. Un dimanche, les pompiers sont venus éteindre l’incendie qui avait pris dans la cheminée. Le feu se déclare toujours un dimanche. C’est tranquille, les honnêtes gens sont à la messe, les autres à cons-fesses. Une traverse de chemin de fer enfilée à la verticale jusque dans le conduit de cheminée avait déclenché le sinistre. Une des filles aînées avait déclenché l’alarme. C’était souvent elle qui allait quémander un litre de lait chez les voisins, son petit frère sur le bras, deux autres, morveux, accrochés à sa jupe.

La famille G. était composée d’un rouquin qui faisait office de père, d’une matrone qui officiait comme pute de caniveau, d’une douzaine de gosses. A vrai dire, personne ne savait combien ils étaient exactement, ça sortait comme autant de chats sauvages de toutes tailles. Quand ça sortait. Car la mère fermait la porte à clé. Ce fameux dimanche, Céline était passée par la fenêtre. Sa mère tapinait dans un chemin creux, faut bien se mettre à l’abri des regards, son père surveillait d’un œil son gagne-pain. Ses gagne-pain en fait, Magali, l’aînée de la famille avait déjà commencé à gagner sa croûte : elle avait 13 ans, des seins, savait tortiller du cul, surtout quand elle avait chaussé ces espèces de galoches à talons hauts qui laissaient échapper ses pieds nus.

Et les voisins ? Les voisins de cette famille ? Et l’instituteur ? Et ? Ma grand-tante fournissait le litre de lait quotidien et la moitié d’une baguette. La maigre retraite d’agriculteur de son mari. « Et puis, quand même ! Ils allaient bien faire quelque chose, non ? Le p’tiot là, il tousse tout le temps. Et l’autre, il est toujours cul nu ! Mais c’est comme ça la vie, faut bien la prendre comme elle est. » Hé oui, Cécile, c’est comme ça la vie !

Le voisin d’en face, instituteur en retraite, avait prévenu depuis belle lurette les services sociaux. Il avait aussi prévenu le jeune instituteur de se méfier : il ne devait jamais rester seul avec Magali ou Céline, on ne savait jamais. Les risques du métier ! Très beau film, en passant. Une histoire vraie. Le film. La famille G. aussi. A l’époque, neuf enfants étaient scolarisés dans cette école qui devait avoir en tout et pourtant un effectif de dix-huit élèves. A un ou deux près. Ils étaient coulants à l’époque et laissaient une chance aux écoles rurales de remonter le nombre d’élèves. Alors, vous pensez, l’arrivée de la famille G. a mis une lueur d’espoir dans la prunelle du maire. Dans celle de l’instit, beaucoup moins. Surtout quand il a fallu gérer ces chats sauvages.

Une assistante sociale finit par se déplacer et sonner à la porte de la maison. « Qu’est-ce qu’elle veut cette pute ? » Ça, c’était l’accueil de la mère qui hurlait par la fenêtre. Le père s’est mis ensuite à insulter cette bonne femme qui voulait pénétrer chez lui. « On l’a reçue ta lettre, connasse ! On veut pas de toi ici ! » Les mômes braillaient. Les voisins étaient aux anges ! Qu’est-ce qu’ils allaient à avoir à raconter à leurs copains ! L’assistante sociale est repartie sans avoir rencontré qui que ce soit. Elle avait un rapport à taper, elle. Elle travaille, elle. Ma grande-tante et l’ancien instituteur se désolait !

L’assistante sociale est revenue après une nouvelle plainte. Cette fois, avec des gendarmes. Ils ont embarqué le petit dernier à l’hôpital. « Ils zont dit qu’il souffrait de malnutrition ! Je t’en foutrais de la malnutrition ! Y souffre de rien mon gamin ! J’sais même qu’est-c’est la malnutrition, moi ! » Plus tard, Céline aurait l’œil crevé par son père qui la battait avec une tige en fer. Elle ne voulait pas faire la pute. Magali tentera de faire condamner un homme du village pour attentat à la pudeur sur mineur, puis un autre et encore un autre. Le jeune instituteur eut beaucoup de peine à démontrer qu’elle était juste venue lui offrir un bouquet de fleurs. Le rouquin hurlait partout qu’on voulait violer sa fille. Un beau jour, la famille G. déménagea. Une pétition avait circulé y a rien à voir. Les voisins respirèrent, les gêneurs allaient emmerder un autre village. On apprit quelques-uns de leurs faits et gestes. La rumeur, vous savez.


Le soleil déchire le voile. La mésange appelle plus fort. Le haut des brins d’herbes ressemble à la surface d’un miroir.
 

Dans la chambre que je vais louer, il y aura un miroir. Voire plusieurs. Ce serait l’idéal. Cette fois, c’est moi qui paie. La chambre, la pute. Ma shemale, vicieuse jusqu’au bout des cils, le rouge à lèvres pas encore barbouillé, ses reins cambrés sur ses bas résille, obéira à tous mes caprices. L’indécence de la luxure.

L’éclat des yeux qui se baisent. Les silhouettes qui se télescopent dans les glaces. Le vin qui coule, les jus qui s’écoulent. Les bouches qui se collent, les sexes qui s’enfoncent et se défoncent. Tout et plus encore.

« Tu auras une demi-heure pour te préparer. » « Quand tu ouvriras à nouveau la porte, tu auras des crampes au ventre, la salive aux lèvres. » « Quand j’ouvrirai à nouveau la porte, tu auras le cul en feu, Berbère. » « Tu auras l’impression de baiser une femme à queue. » « Je vais te dévorer. »

Revenir de ces chambres rouges n’est pas difficile en soi. Il faut juste réapprendre à respirer, à battre du cœur. Tap. Tap tap. Tap. La première fois où nous nous sommes emmenés sur d’autres rives, il a marché pendant des heures, seul avec ses pensées, avec l’impression de baiser le ventre de Paris, de baiser le monde. La première fois où nous avons atteint ces rives où nos tabous sautent les garde-fous, je l’ai regardé partir le sourire aux lèvres, beau comme un dieu grec, des « je t’aime » tournant en boucle entre mes deux oreilles. Un « tu sais, nous ne nous reverrons plus après cette fois. Mais je sais que tu sais. Que tu comprends. » flottait dans la pièce, enlaçant la fumée de sa cigarette qu’il avait glissée entre mes lèvres.


L’herbe est jaune de soleil. Il faudrait vraiment que j’enlève les traces de pattes du siamois. Les groseilliers écartent en éventail leurs toutes jeunes feuilles. J’inspire. J’expire. J’inspire.
 

« Elle ne s'en doute pas une seconde. Et je n'accepterais pas une seconde de la perdre pour autant. » Cette phrase trotte dans ma tête. Tic tac. Tic tac. Telle la trotteuse des secondes, elle court et serpente dans mon crâne. Elle ne veut pas voir. Elle ne peut pas croire serait plus exact. « Les bonnes ménagères sont souvent celles qui en cachent le plus. » dit Thérèse lors de soirées. Thérèse était assistante sociale. Bouillonnante. Zigzaguant entre les lois pour faire avancer certains dossiers au grand dam de sa hiérarchie. Thérèse a vu beaucoup de choses. Si elle n’écoute pas, elle sait raconter sans citer de noms. Il suffit qu’elle boive. Et en soirée, elle boit beaucoup.

Qui se douterait que ces deux hommes si calmes peuvent avoir des pulsions ingérables ? Ou qu’ils n’ont pas envie de gérer. Pourtant, si on prenait la peine de les regarder vivre, de surprendre ce sourire de chasseur sur le galbe d’une jambe, sur le cul d’une passante (« Regarde, tu vois cette fille ? Elle ne sait pas encore s’habiller. Tu vois ses courbes ? D’ici un ou deux ans, si elle apprend à se mettre en valeur, elle fera des ravages. »), si on s’avisait qu’ils peuvent se montrer intraitables dans leur job, peut-être que. Thérèse a deviné depuis longtemps la femme que je pouvais être. Nous nous ressemblons eux et moi. beaucoup.

Le rosier grimpant est encore un squelette déplumé. Le vent léger secoue cet arbuste dont j’ai oublié le nom. « Tu repars donc mercredi matin… fatiguée de nous. » J’aurais dit nourrie de vous.

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