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07.04.2008
Du ciel tombe des étoiles blanches
En ouvrant les volets ce matin, tout est blanc, calme et ouaté. J’attendais. L’air frais caressait mon visage, aucun signe de vie animale ne troublait cet espace virginal. Même les oiseaux avaient suspendu leur vol. J’attendais et puis, j’ai refermé la fenêtre. Mon corps frissonnait. Le thé avait un goût amer. Sans faim. Je n’ai plus attendu.
Au retour de ma douche, son sms était là. Depuis combien de jour savais-je que cette épée allait me tomber sur le coin de la gueule ? En plein dans le cœur plutôt. Dans le sien surtout. Mais comme je ressens tout ce qu’il ressent ou presque, la douleur m’annihila. « Notre entretien dans une chambre avec un vampire est annulé ». Alors même que la perte prochaine de son père lui coupe les sangs, il me félicite pour l’éditeur. Il a lu l’article. Ainsi, il me lit encore ? Mon Berbère replie ses ailes pour un temps. Et je recule dans l’ombre. Et je me fustige de sa douleur.
Un homme intelligent sait bien que sa mort est née en même temps que lui ; il sait qu’il meurt en fait à chaque instant et que le coup final sera donné lorsque le temps qui lui était alloué se sera écoulé. Il va donc se préparer pour sa prochaine vie, ou mieux, pour sa libération, qui mettra fin à la condition morbide que représente la répétition des morts et des renaissances. Swami, Swami… Ce n’est pas la mort inéluctable de l’être cher qui est cause de chagrins, c’est les souvenirs qui deviennent trop lourds à porter, la peine des autres qui pèsent des tonnes. De là où je suis, que pourrais-je faire pour alléger sa peine ? Rien si ce n’est reculé plus loin dans le noir, libérer de l’espace pour qu’il reprenne son souffle. Pour qu’il souffre seul avec les siens. « Devant tes silences, je me ferai toute petite… Les mots sont parfois si superflus. Je ne peux pas te serrer dans mes bras mais d’autres le feront à ma place et peut-être bien mieux que moi… »
Le ciel partait en lambeaux, de fins morceaux blancs virevoltaient dans l’air. Et moi, je pleurais. Un peu plus quand un sms du Disquaire a jailli du néant. « Demain, 17h32. » Tu crois quoi ? Il te suffirait de claquer des doigts pour que je te rejoigne dans cette chambre entre tes deux putains de rendez-vous ? Tu me baiserais l’œil sur ta montre avant de rejoindre cette jeune brune ex-gagnante d’une émission où des chanteurs de salle de bain font croire à des milliers de gamins qu’il suffit d’avoir une jolie gueule pour enregistrer un disque ? « Pas d’œil sur la montre, j’ai une bonne horloge interne. » C’est qu’il me ferait rire en plus ! Je n’irai pas le rejoindre dans cette ville qui date du 1er siècle avant J.-C.Le Disquaire le comprend. Il est frustré certes. « Vous pourriez y inviter un autre homme » Ah oui ? Doucement, je souris. Me raccrocher à la Vie. Doucement. Délicatement. Comme ces flocons qui fondent dans ma bouche après avoir crissé sous mes dents. « Les deux. Un homme avant et un autre après » Et là, un texte paru sur mon site me revient en mémoire. Rafraîchie la mémoire. Le festival attend que je lise quelques textes devant un public. Tous les puissants de ce monde ont besoin de sexe, ils s’y vautrent, en usent et en abusent. C’est à peu près ce que disait mon Berbère un jour. Le Disquaire est un tueur. Dans sa branche, c’est un tueur. Quelques ratés à son actif. C’est mon avis. Seulement, les deux derniers albums sur lesquels il a laissé sa patte ont plus que cartonné.
Le tapis blanc se meurt. Les derniers flocons hésitent à tomber, je les vois qui résistent. « Regarde bien ! Regarde, ce sont de toutes petites étoiles. » Et l’enfant que j’étais alors ouvrait de grands yeux, attrapait ces cristaux si fragiles qui prenaient un malin plaisir à disparaître avant que j’aie pu voir la moindre branche. Et mon grand-père riait, riait. Tout à l’heure encore, j’ai sorti la langue pour goûter cette neige de coucou. Les narcisses s’en sont cassées leurs gueules fanées.
Je veux un tapis rouge. Un corps aux muscles déliés. Je veux ses soupirs d’homme fauve. « J’aime l’idée de te troubler. J’ai l’envie de te troubler toujours plus en réel. Je sais que tu (me) suces divinement bien. »
Sur la colline lointaine fleurit encore de la neige. Ici, le jardin l’a bue. Quand je tourbillonne les bras écartés sous cette pluie de morceaux de nuages, j’imagine encore cet angelot tout potelé qui éventre tous ces édredons. Le ciel, comme la chambre rouge, s’est refermé. Mes larmes ont séché. Un couple de pies sautille chez les voisins. Une mésange charbonnière est perchée dans le rosier qui s’habille peu à peu. Avril est un mois cruel écrivait Claude…
17:12 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : neige, berbère, swami prabhupada, tapis rouge, vampire, disquaire, mort



Commentaires
Oh !...
Ecrit par : H2.0 | 07.04.2008
>H2.0 : Ah ?... Un nouveau blog à suivre alors.
Ecrit par : C. | 07.04.2008
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