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09.04.2008

Anorexie, mode d'emploi

Les volets ont claqué contre les murs jaune très pâle. Quelle merde ! Il pleut. De mon ventre à ma tête coulaient encore des envies celtes. Pas le temps d’avaler un thé, juste un verre de ce mélange lait/jus de fruits. Bananes, fraises, pommes peut-être. Pour l’instant, c’est encore ce qui passe le mieux.


« Tu ne manges pas ? » Mon fils a remarqué. Habituellement personne ne remarque mes périodes anorexiques. Si on regardait de plus près mes manies pendant ces derniers jours, on verrait que je vérifie la propreté de mon assiette, celle des dents de ma fourchette. Tout cela pour ne rien manger ou presque.

« Regarde-moi, Boris. Regarde-moi… Ecoute-moi… Je ne te laisserai jamais mourir de faim. Tu m’entends ? Tu peux refuser de manger chez tes parents, faire la grève et faire la tête mais ici, cela ne marchera pas. Je ne suis pas ta maman, amour, je suis ta nounou. Je ne te forcerai jamais. Jamais. Mais je te promets que je ne te laisserai pas mourir de faim. »

Boris… Le fils de ma copine black. Un père gastro-entérologue, vieux, avec deux grands enfants issus d’un premier mariage. Une mère africaine qui reprenait des études pour changer de carrière. Et lui, l’ange café au lait, au sourire soleil et aux yeux noirs, si tristes certains jours, si vides. Elevé à la mode africaine par sa grand-mère maternelle qui restait enfermée dans l’appartement de peur de se perdre dans les rues de cette petite ville, Boris était projeté ailleurs. Sur une autre planète.

Non, je ne le porterais pas contre ma peau toute la journée. Non, il n’était pas l’enfant-roi et devait partager les jouets. « Il n’a que la peau sur les os. B. m’a dit qu’il était dans la courbe inférieure et s’il ne reprend pas un peu de poids, il faudra l’hospitaliser. Gérard le force. Il le gave. Tu n’as qu’à faire pareil. » Elle déconne ou quoi ? Et pourquoi pas lui enfoncer un entonnoir dans la bouche pendant qu’elle y est ?

Petit bonhomme très intelligent, au rire perlé, si câlin. Pourtant, pourtant, il fallait bien qu’il me lâche, d’autres enfants étaient là dont il fallait aussi s’occuper. Régine apportait de la bouffe africaine, je lui offrais des frites, comme son grand frère. Il picorait comme un piaf. « Ecoutez, c’est simple. Nous avons tous les deux choisis de faire carrière. Boris n’a pas le choix. Il ira à l’école à Pâques. » « Il s’accroche à sa couche, tu as vu ? Rends le propre ! » Dites, les mecs, vous n’avez pas l’impression que je ne suis pas Dieu tout puissant ? C’est un enfant, pas un robot !

En six mois, Boris a appris à aller vers les autres enfants, à manger seul et à aller aux toilettes. Enfin presque. Ils l’ont mis à l’école. Un viol pur. Les premiers mois ont été un véritable cauchemar pour lui. Quelle idée d’inscrire un môme qui refuse de manger à la cantine ? « Gérard l’a retiré. Il ne mangeait rien. Tu sais qu’il a toujours la photo que tu as prise de lui sur sa table de chevet ? C’est la photo de Claire. Il ne t’a pas oubliée. » Exact. Son père a toujours été scotché de l’aisance avec laquelle il s’était installé et avait joué dès nos premières minutes d’entretien. « Il n’a jamais fait cela. »

« Tu es enceinte ! » « Oui ! Gérard et moi nous tentons de monter une équipe de basket ! Il ne sait faire que des garçons ! » « Ce sera une fille ! » Lauralie poupée jolie est arrivée dans sa robe d’organdi. Boris l’appelait « ma princesse ». Il s’était écoulé quatre ans depuis ce jour où ses parents avaient décrété que Claire, c’était fini. Le sourire jusqu’aux oreilles, Boris me saluait comme un vieux médecin bien élevé avant de se jeter dans mes bras. « Claire… Claire… » Mince. Mince mais vivant.


Passé quatre ans, je ne prends plus un enfant dans mes bras, sauf pour le consoler. Je ne sais pas câliner gratuitement quand l’enfant grandit. Mode d’élevage sans doute. Personne ne m’a appris les câlins. Par contre les coups.

Dans la chambre que ma mère occupait jeune fille, mon petit frère tout potelé de ses encore rondeurs de bébé se collait contre moi la nuit. La pièce sentait bon le feu de bois. La maison craquait ses humeurs et au moindre son, je le sentais se raidir et me serrer un peu plus. A la lueur d’une lampe de chevet, je lui lisais Le manège enchanté. Il riait de m’entendre imiter Pollux. Dans l’autre lit, ma sœur dormait déjà. J’adorais voir ma mère le baigner, il avait des fossettes juste en haut de ses fesses pommelées. Mon fils aussi aura les mêmes.


« … et certains tentent de faire accepter ce qui n’est pas. Combien d’enfants nés hors-mariage sont élevés par des pères qui croient éduquer leurs propres enfants ? » L’oncle prêtre avait aussi insisté lourdement sur les couples qui vivaient dans le pêché. La jeune sœur de mon mari s’était retournée vers moi, hilare. « C’est moi la pécheresse ! »

« Alors, tu prétends que tes oncles étaient blonds étant enfants ? Comme ton fils ? » Je t’emmerde, curé ! Je sais avec qui j’ai fait l’amour. Et d’ailleurs, l’aîné de mes oncles n’a pas arrêté de dire qu’il avait les mêmes oreilles que lui. Ce qui agaçait prodigieusement ses frères qui voulaient aussi se trouver une ressemblance. Est-ce à cause des oreilles qu’Hubert lui avait offert cet ensemble aux couleurs carmagnole ? Le jour où le petit a ouvert ses cadeaux d’anniversaire et que tous ces vieux hurlaient au sacrilège, il a encore pris sa défense. « Laisse ! Il prend soin de son grand-oncle de soixante-dix ans ! »


Hubert… Le grand voyageur. Il adorait l’Afrique où il avait travaillé pendant des années. Une de mes cousines est née à Dakar. Un de ses meilleurs amis était ce poète devenu président de la république. Ma grand-mère avait les yeux qui pétillaient quand elle exhibait l’un de ses livres dédicacés. Il adorait Madagascar aussi. Lui et sa femme ont vécu des années en cohabitation. Il partait au ski en embarquant ses enfants et ses maîtresses.

« Ils ne l’ont toujours pas retrouvée ? » « Non. Elle s’est suicidée, tu sais ? Je l’avais rencontrée au festival de la Ciotat. Belle, intelligente. Droguée aussi. Anorexique aussi. Elle avait maigri. Tu l’as vue dans L’été en pente douce ? » On ne savait pas tous que cet été-là était le dernier où ma grand-mère serait avec nous au 15 août. Mon fils naître en mars sous le signe du Bélier.

« Il ressemble de plus en plus à ton frère. » Oui. Il est aussi mince que lui au même âge mais plus grand.


Il pleut et un voile de brume gâche le paysage. « Je vous surveille. Toutes. Si vous devenez trop minces, je vous fais interner. » L’autre jour, l’aînée me disait comme mes mots l’avaient marquée. Sait-elle la belle comme on peut ressentir un immense plaisir à contrôler son corps ? Ne plus avoir cette sensation de faim et en jouir. « Chasse donc cette angoisse (que je frôle parfois aussi me concernant). Je vais te bouffer. Des yeux d'abord. Puis de toutes les façons ensuite. Ton corps, ton odeur, ta peau, ton sexe, ton cul, ton âme. » Et d’un coup, j’évaluerais presque le nombre d’heures qui nous séparent encore de cette première rencontre.

« Ah ! La faim ! La faim ! Ce mot-là, ou plutôt cette chose-là, a fait des révolutions ; elle en fera bien d'autres ! » Oui, Flaubert, j’ai faim du Celte au point de ne plus manger.

Commentaires

" J'en veux encore ! J'ai faim ! " (Oliver Twist)

" J'ai soif ! " (dernières paroles du Christ en croix)

Autrement dit, pour être sauvés, écoutons le Christ et dansons le Twist !

Toutefois, ne pas faire l'impasse sur le cas Rimbaud :

" Dire que je n'ai pas eu souci de boire. "

J'aime bien me nourrir sur votre blog...

Ecrit par : Laurent Morancé | 10.04.2008

> Laurent Morancé : Au regard de la mort du Christ, on pourrait conclure qu'il ne fait pas bon boire. sourire

La soif et la faim d'apprendre, toujours...

"C'était son regard d'inhumaine La cicatrice à son cou nu Sortit saoule d'une taverne Au moment où je reconnus La fausseté de l'amour même" Apollinaire, La chanson du mal-aimé

Ecrit par : C. | 10.04.2008

> doué en communication

Dévorée(s) des yeux vous fûtes pour ainsi dire le appeau de mes paupières bien tendues. Merci à QUI dans le rôle du p'tit Jésus ^^

Ecrit par : niki | 12.04.2008

> Niki : vous parlez du saucisson lyonnais (le jésus) ? ;-)

Ecrit par : C. | 15.04.2008

ce corps du Christ en gras dur de porc me rappelle un certain Karol Jozef délikatement surnommé Big Kielbasa par Michael Guinzburg dans son Plombier des âmes ahahah ahem tiens, à propos... le féminin de "PRIMAT DES GAULES", ça existe ?

Ecrit par : niki | 16.04.2008

http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_guinz.htm

Ecrit par : niki | 16.04.2008

>Niki : il existerait un archevêque féminin à Lyon ? Déjà que l'Eglise nie l'existence de la papesse Jeanne... ;-)

Ecrit par : C. | 16.04.2008

oui mais non, les catholiques resteront dans leur ensemble à jamais d'éternels incompris... tout cela c'est uniquement pour protéger l'image de la femme, vous voyez n'est-ce pas ? il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas reconnaître que Primate des Gaules ça sonne moins joli joli qu'archevêque de Lyon par exemple

Ecrit par : anastase le bibliothécaire | 16.04.2008

> monsieur le rédacteur de la Chancellerie pontificale (ou faut-il que je vous appelle Papesse Jeanne ? Vous avoueriez ?) : l'image de la femme dans la Bible est bien malmenée, ma foi.

Pour le féminin de Primat, je vous l'accorde volontiers. J'ai une sainte horreur de tous ces métiers dont on féminise l'orthographe. Comme s'il fallait bien prononcer le "e" pour appuyer le fait qu'une femme exerce un métier jusque là réservé au sexe masculin. (Entre nous, je préfère le pompier qu'être pompière)

Ecrit par : C. | 16.04.2008

"Léon X : Il ne faut pas dire qu'il est l'auteur de la Camera Taxae, qualifié de canular, pourtant le wiki italien lui consacre un article (Taxa Camarae) plutôt neutre, soulignant que ce peut être un faux, mais ne tranche pas et cite une liste abondante de source."

source :
http://pagesperso-orange.fr/lemomo2/wikipedia.htm

effectivement, je confirme, le passage susmentionné a disparu de la page consacrée au brave léon

pour preuve : extrait de ce même article, copié collé datant de février 2008

Art.1) Un ecclésiastique qui commet un péché charnel avec les propres sœurs, filles, cousines, nièces ou avec une autre femme, sera acquitté derrière le paiement de 67 livres.
Art.2) Si un ecclésiastique demande l’absolution pour avoir commis des péchés contre nature avec un enfant ou avec une bête pourra l’obtenir en payant 131 livres.
Art.5) Aux prêtres est permis de vivre en concubinage avec les propres parents derrière le paiement de 76 livres.
Art.9) Si un prêtre tue un laïque, il peut avoir l’absolution en versant la somme de 15 livres.
Art.10) Si l’assassin a tué deux ou plus personnes le même jour, il paiera 15 livres comme s’il en avait tué un seul.
Art.14) Pour l’homicide d’un frère, d’une sœur, du père ou de la mère, il faudra payer 17 livres.
Art.18) Celui qui veut se garantir l’absolution pour tous les homicides qu’il pourra commettre en futur, paiera 168 livres.
Art.29) Le fils bâtard d’un prêtre qui veut succéder à la place de son père dans ses fonctions religieuses, paiera 27 livres.

Ecrit par : TEXAS INSTRUMENT | 21.02.2008


ah oui, pardon d'ainsi jouer à saute-moutons hein, si vous le souhaitez on peut franchement parler des 10 commandements d'Ana...

Ecrit par : niki | 17.04.2008

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