02.03.2008

Femme multiple

Je fume une cigarette dehors. Des gouttes de pluies résistent à l’apesanteur accrochées aux branches des bouleaux encore nues. Les primevères éclatent de couleur à côté des perce-neige qui font la gueule. Trois jonquilles sont en fleur.

Il faudrait que je termine de retravailler cette nouvelle. Il faudrait aussi que je poursuive l’écriture de ce manuscrit. Que je relance des éditeurs. Je bloque mes prochains rendez-vous pour ce salon du livre. Et puis, j’écris ce nouveau texte qui parle de lui et moi. Il est réapparu depuis quelques jours alors qu’il avait disparu de ma vie. Pour l’avoir lu dès mes premières heures d’accès à la virtualité, je sais cet homme. Je connais ses blessures comme il connaît les miennes. Je sais son animalité comme il sait la mienne.

Il est des yeux noirs qui restent persuadés que je suis une nouvelle gourgandine toujours prête à écarter les cuisses devant un homme, pataugeant dans une vie à laquelle je mêlerais plusieurs amants. Or, c’est totalement faux.

Si j’ai une définition précise de ce qu’est la fidélité pour moi, je ne passe pas mon temps à booker mon agenda pour ne pas croiser un tel alors que je serais en compagnie d’un autre. A l’époque où le journaliste m’a contactée en espérant que je devienne une de ces soumises, seul le Photographe était présent. Et encore. Je n’ai jamais rencontré le Journaliste mais nous avons correspondu longuement et nous nous sommes parlés plusieurs fois au téléphone. Je suis une des rares à qui il a signalé son changement d’adresse. Il est un des rares à qui je confie ma progression littéraire. Comme il me connaît, il est capable de frapper là où cela me fera réagir pour que ma plume s’affûte. Et j’ai besoin de cela.

J’ai fait l’amour une seule fois avec le Plongeur. Nous n’étions pas totalement raccord sauf à de courts instants. Il fallait qu’il me baise et au travers moi qu’il baise toutes les femmes. J’étais ailleurs. Une autre fois, nous avons passé la nuit ensemble sans nous toucher. Récemment, je l’ai baisé. Pas par vengeance, non. Parce que j’en avais envie et qu’il en avait envie aussi. J’avais encore ce qui venait de se passer avec le Berbère dans la tête et même si j’ai aimé ce que je vivais avec le Plongeur, il manquait quelque chose. Peut-être que les mots durs qu’il avait prononcé à mon égard y étaient pour beaucoup. « J’aimerais que tu me pardonnes tout ce que j’ai pu te dire de blessant. » Je lui ai souri et je l’ai baisé. Il possède un très bon calva.

Quand j’ai rencontré le Lord anglais, il s’est passé indéniablement quelque chose entre nous. Ce petit quelque chose d’indéfinissable qui laisse des traces. Cet homme aux manières policées me plaît beaucoup mais je ne le toucherai pas. Uniquement parce qu’il a la tête emplie d’une autre et que je devine qui est cette autre, qu’elle lui donne ce que je pourrais lui donner. A lui de faire cette route, à moi de parcourir la mienne.

Pour le moment indéfini, mon Berbère nage dans son bonheur tout frais, tout neuf. Je suis heureuse qu’il soit heureux. Et le Celte est là, si troublant, si sensuel. Quand un homme réussit à me faire mouiller du ventre jusqu’à la tête, quand il possède un charisme à me couper le souffle, quand il n’a pas peur de la femme multiple que je suis, quand il croit en moi autant que je crois en lui alors je deviens braise. « C'est très simple et très bon : tu me fais bander comme rarement. Puissante impression d'être en vie.» m’a-t-il écrit. C’est puissant, oui. Très. Parce que c’est lui, parce que c’est moi ? Là, je souris, moqueuse. C’est un sage, c’est un fou et c’est sûrement, lui aussi, un tantrika.